jeudi 25 octobre 2018

Pipe Push Paradise (Steam) Corey Martin

"Pipe Push Paradise" est un jeu de puzzles s'inscrivant dans la droite ligne de "Sokobond", "Stephen's Sausage Roll" ou encore "A Good Snowman Is Hard To Build" : il prend pour base "Sokoban", le fameux jeu de puzzles japonais de 1982 où l'on pousse des caisses dans un hangar, et il y ajoute un gimmick censé rendre l'expérience plus intéressante.

Ici, le gimmick est de croiser "Sokoban" avec "Pipe Mania" puisque l'on joue une femme plombier qui doit réparer un système de distribution d'eau sur une île : le grand-père de notre jeune héroïne, normalement chargé de ce travail, est en effet victime d'une mystérieuse maladie du sommeil, et on doit donc le remplacer... En pratique, pour résoudre chaque puzzle, il faut pousser des éléments de tuyauterie afin de relier une entrée et une arrivée d'eau : comme dans "Sokoban", on ne peut pas tirer ces éléments, seulement les pousser, l'originalité étant qu'ici les segments de tuyaux peuvent tourner sur eux-mêmes alors qu'on les pousse.


On orientera ainsi différemment un tuyau en forme de "L", par exemple, selon le sens dans lequel on le pousse et l'endroit où l'on prend appui, et on devra parfois orienter ce tuyau en hauteur ou en profondeur dans des puzzles qui exigent de penser en 3D ; même chose pour un tuyau formant un zigzag, etc.

Ce concept est plutôt malin et est bien exploité par le jeu, qui décline son gimmick en cinq zones bien délimitées, chacune avec sa mécanique propre : il y a une zone simple avec juste les mécaniques de base, une zone consacrée aux puzzles tridimensionnels, une zone avec des interrupteurs permettant de lever et tourner les tuyaux, une zone comportant des trous dans le sol, et enfin une zone où certains tuyaux collent les uns aux autres par magnétisme dès qu'ils sont connectés. Ces zones comptent 46 puzzles en tout, auxquels il faut ajouter un puzzle final qui combine toutes ces mécaniques, plus un puzzle de conclusion narrative, plus une petite île avec huit puzzles bonus, plus encore huit autres puzzles bonus situés sur un paquebot, pour en tout 64 puzzles.

Le jeu est de bonne qualité : ses graphismes en cel-shading sont vraiment jolis et surtout très propres et lisibles, le cadre de l'île du Pacifique est bien illustré (notamment par une bande originale jouée à la guitare sèche, discrète et agréable), la difficulté est bien réglée... le jeu n'a pas de défaut à proprement parler, son principal souci étant en réalité la concurrence : chacun des trois jeux que j'ai cités en introduction est en effet à la fois très voisin et meilleur que "Pipe Push Paradise"...

Le problème de "Pipe Push Paradise", c'est que pendant l'essentiel de son expérience, il est sans génie : on finit par résoudre ses puzzles à force d'acharnement et de manipulations, mais on n'a jamais l'impression de faire particulièrement preuve d'intelligence. Les autres jeux cités plus haut ont à comparer des puzzles plus dépouillés et plus intrigants, tout en semblant parfois totalement insolubles : leur résolution est ainsi très satisfaisante, alors qu'ici, les puzzles sont en général plus chargés et plus laborieux, moins motivants, pour ne pas dire rébarbatifs.


La mécanique principale du jeu est fautive, puisque l'on peut consacrer énormément de temps et d'efforts à la simple réorientation d'une pièce, mais également son level design, et j'en veux pour preuve la dernière partie du jeu : son puzzle final et son premier groupe de puzzles bonus sont en effet de bien meilleur qualité qu'à peu près tout ce qui précède, atteignant pour le coup le niveau des trois autres jeux déjà cités ; cela prouve qu'il était possible de mieux faire, et c'est dommage car le jeu semble donc en-deça de ce qu'il aurait pu (et dû) être.

Je recommande malgré tout "Pipe Push Paradise" qui reste un excellent jeu de puzzles, même si je recommande en priorité les titres concurrents déjà cités, ainsi qu'un autre jeu de puzzles du même auteur, "Hiding Spot", qui non seulement est à mon avis meilleur que "Pipe Push Paradise", mais est aussi plus original et plus drôle.

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