jeudi 10 septembre 2020

Devolver Bootleg (Steam) doinksoft

Une arnaque est-elle une arnaque si elle prévient d'emblée qu'elle est une arnaque ?

"Devolver Bootleg" propose huit versions "rétro" de jeux indépendants publiés par Devolver Digital, mais il faut bien comprendre qu'il s'agit avant tout d'un gag : les joueurs qui se plaignent que l'on est ici loin de la qualité d'un jeu NES ont techniquement raison mais tapent à côté - un "bootleg" est une version pirate, bâclée et franchement pathétique d'un jeu à succès, pas un "demake", la superficialité et les approximations des jeux de cette compilation sont donc voulues.

Passionné de jeux rétro, appréciant habituellement les jeux publiés par Devolver Digital et m'étant récemment enthousiasmé pour "Enter the Gungeon", j'ai choisi de donner sa chance à la compilation tout en étant persuadé que je choisirais sans doute de me faire rembourser... mais finalement, j'ai largement dépassé le délai de remboursement de deux heures autorisé par Steam et je me suis sincèrement amusé, même si "Devolver Bootleg" aurait pu (dû) être meilleur qu'il ne l'est...


Tout d'abord, "Hotline Milwaukee" et "Enter The Gun Dungeon" sont ce que l'on pouvait espérer : des versions brèves et épurées (huit directions, deux boutons) de "Hotline Miami" et "Enter the Gungeon", plutôt bien faites, prenantes et rejouables dans un esprit "arcade". "Hotline Milwaukee" compte vingt niveaux plus un boss (on y a des vies infinies à chaque niveau, comme dans l'original), et "Enter The Gun Dungeon" tire dix niveaux aléatoirement puis nous fait affronter un boss avant de reboucler avec une difficulté accrue (le jeu nous tue en un seul coup, après quoi on doit tout recommencer du début). J'ai pris plaisir à battre le premier jeu et je rejoue de temps en temps au second ; l'autodérision est présente mais ne s'impose pas, les jeux sont distrayants et équilibrés.


"Ape Out Jr." est mon jeu préféré du lot : il conserve les fondamentaux de "Ape Out" (on dirige un gorille qui doit s'échapper alors que des hommes armés cherchent à le tuer, on peut porter et projeter ces hommes pour se défendre), mais il s'agit ici d'un jeu de plateformes/puzzles qui rappelle finalement moins "Donkey Kong Jr." que "Manic Miner" et Klonoa (avec une projection d'ennemis permettant notamment de sauter plus haut). Le jeu a trois objectifs : simplement passer au niveau suivant, le faire en tuant tous les ennemis, et le faire en attrapant toutes les bananes, ce qui crée des problèmes vraiment intéressants... il est cependant dommage que ni le jeu ni les succès ne prennent acte de l'accomplissement de ces objectifs ! La majorité des succès de "Devolver Bootleg" sont complètement idiots (du genre "ouvrir le menu 1000 fois"), il est étrange de les avoir gaspillés ainsi au lieu de les utiliser pour mettre en avant la richesse des jeux de la compilation...


"Luftrousers" et "Shootyboots" parodient respectivement "Luftrausers" et "Downwell", et ce sont à mon avis les maillons faibles de la compilation : leurs bases sont bonnes, mais desservies par un manque de contenu flagrant... le premier est en quelque sorte "Defender" avec des contrôles plus fluides et intuitifs (c'était déjà le cas de "Luftrausers", mais ici on est très proche de "Defender"), alors que le second mixe un scrolling forcé et un level design généré aléatoirement avec des contrôles plutôt originaux, où l'on est obligé de sauter pour se déplacer. Le problème est que l'on boucle sur un contenu très basique qui occupe moins d'une minute de gameplay : avec juste un peu plus de variété, notamment chez les ennemis, les jeux auraient pu être très bons (j'avoue préférer nettement les bases ludiques de "Shootyboots", posées et méthodiques, à celles de "Downwell"). On a presque l'impression que le développement des jeux a été volontairement saboté afin de rester dans le thème du bootleg et de l'autodérision, c'est dommage.


"Catsylvania", quant à lui, parodie "Gato Roboto" qui lui-même pastichait Metroid (sans grande imagination, il faut bien le dire), le seul gimmick de "Gato Roboto" étant la nature du héros (un chat dans une armure mécanisée) et des ennemis (des batraciens). Ici, le principe du chat dans une armure (et des batraciens) revient, mais pour pasticher "Castlevania" et "Ghosts'n Goblins", avec comme gag un gameplay absurdement rigide. Heureusement, le level design tient parfaitement compte de cette rigidité, qui crée un effet comique mais n'empêche pas le défi d'être équilibré et motivant, un peu à la manière de "Rick Dangerous".

Enfin, les deux jeux restants sont des jeux exclusivement multijoueurs, avec un jeu de combat qui parodie "Absolver" et un jeu de basket décalé qui parodie "Pikuniku" et ses contrôles très spéciaux. Je n'ai pas eu l'occasion de jouer à ces jeux, mais le principe d'autodérision de la compilation et la convivialité du jeu multijoueur devraient plutôt bien aller ensemble.

Au final, "Devolver Bootleg" fait passer de très bons moments, mais il est frustrant de constater que l'obsession du deuxième degré a nuit artificiellement à la compilation : pourquoi ne pas mettre en avant les défis secondaires des jeux, pourquoi bâcler des jeux ayant pourtant d'excellentes bases, et pourquoi ne même pas stocker les scores locaux (seuls les meilleurs scores mondiaux sont affichés, ce qui n'a aucun intérêt) alors que tous les jeux se prêtent au scoring ? La blague est drôle, mais laisse une impression de gâchis alors que "Wario Ware" et "NES Remix" ont prouvé que l'on pouvait tout à fait conjuguer rétro, autodérision et qualité...

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