jeudi 19 octobre 2017

Braid (XBLA, Steam) Jonathan Blow

Quand "Braid" est sorti sur Xbox Live Arcade durant l'été 2008, c'était un OVNI : une quinzaine d'euros pour un jeu de plateformes en 2D assez court avec des puzzles bizarres, un style artistique jamais vu évoquant la peinture de la fin du XIXème, de multiples références rétro à "Super Mario Bros.", une histoire racontée par de longues vignettes de texte... rien qui ne permette de prévoir un quelconque succès. Dans un contexte où les jeux en 2D étaient pour ainsi dire morts sauf en accès gratuit sur PC, "Braid" était un pari osé, mais Jonathan Blow a remporté ce pari haut la main avec un immense succès commercial et critique, ouvrant la voie au développement exponentiel du jeu vidéo indépendant.

Partant des très bons souvenirs que j'en avais et en y rejouant près de dix ans plus tard sur Steam, j'ai trouvé que "Braid" avait un peu vieilli : il n'est plus un OVNI et se fond désormais dans la masse des jeux de puzzles/plateformes indépendants, et a donc une énorme concurrence. Son gimmick basé sur la manipulation du temps reste original et spectaculaire et le jeu parvient à le décliner intelligemment en plusieurs variantes, mais son fonctionnement est parfois confus voire obscur.


Surtout, sa maniabilité en tant que jeu de plateformes est très basique et plutôt désagréable (physique des sauts, inertie), avec un level design qui ne se prête pas assez à l'expérimentation - il faut toujours suivre une méthode précise pour résoudre un puzzle, sans pouvoir être créatif et avec une faible marge de manœuvre. Les objectifs secondaires (les étoiles) sont quant à eux abscons (dont une étoile exigeant de recommencer tout le jeu si on n'a pas suivi la bonne procédure), et le deuxième niveau de lecture de l'histoire (la bombe atomique) est fumeux voire pédant.

Déjà à l'époque, je lui avais préféré "The Misadventures of P.B. Winterbottom", qui lui aussi a hélas une maniabilité désagréable (avec en plus un style visuel pas très abouti), mais ses puzzles sont bien plus ouverts et son gameplay est plus excitant. Même s'il reste un très bon jeu avec une très jolie fin, "Braid" a en réalité été déclassé par le mouvement qu'il a favorisé, avec de nombreux jeux à gimmick transgressif plus consistants, plus immersifs, plus agréables à manipuler, etc. - "Antichamber" dans les jeux en 3D, "Spewer" (Flash), ou "Fez" dans un autre style. Mais après tout, n'est-ce pas une victoire quand les élèves dépassent le maître ?

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