mercredi 6 décembre 2017

World of Goo (WiiWare, Steam) 2D BOY

La sortie de "World of Goo" sur le service de téléchargement de la Nintendo Wii fin 2008 a été un sacré événement, le jeu ayant reçu un accueil populaire et critique triomphal accompagné de plusieurs récompenses de "jeu de l'année", devant "Mario Kart Wii" et "Super Smash Bros. Brawl" s'il vous plaît : pas mal pour un petit jeu de puzzles indépendant en 2D !

Pourtant, même si je m'étais alors beaucoup amusé sur PC avec "Tower of Goo" (le prototype PC gratuit de "World of Goo") et si j'étais impatient de voir son concept étendu à un jeu complet, j'ai été assez déçu. Je m'attendais à ce que les mécaniques ludiques de "Tower of Goo" soient approfondies, à ce que "World of Goo" exploite pleinement tout son potentiel de jeu de construction rigolo avec ses petites balles goudronneuses, de la même façon que "Lemmings" (auquel il ressemble beaucoup) avait su dépasser son strict concept de base pour devenir un jeu réellement long, riche et complexe.

Au lieu de ça, "World of Goo" est un jeu court et ludiquement superficiel qui repose d'abord sur son univers, son esthétique et sa narration indirecte - le gameplay y est plus un moyen qu'une fin, un procédé pour nous impliquer émotionnellement dans ce qui se passe à l'écran. Le jeu nous bombarde de nouvelles mécaniques à peu près à chaque niveau, mais en général ces dernières ne sont exploitées qu'une ou deux fois puis le jeu passe à autre chose - il y a même un chapitre entier, le quatrième, qui change les bases du jeu du tout au tout pour repartir à zéro !


Ce n'est pas un réel problème puisque "World of Goo" se vit plus comme une fable surréaliste et poétique au style graphique et à l'humour macabre proches de Tim Burton, dénonçant avec talent la société de consommation (thème récurrent chez 2D BOY, voir notamment "Little Inferno") plutôt que comme un "vrai" jeu, et donc l'intérêt de "World of Goo" n'est pas vraiment dans son défi. Cela ne veut pas dire que le jeu n'est pas amusant (il l'est) ou qu'il ne sait pas faire preuve de difficulté même si la plupart de ses niveaux sont faciles à passer du premier coup, mais il faut bien savoir à quoi s'attendre et apprécier le jeu pour ce qu'il est, ce qui a d'ailleurs été le cas lors de sa sortie vu son très large succès : la façon avec laquelle "World of Goo" procure des émotions sans véritable histoire, juste par le biais des mécaniques de jeu vidéo traditionnelles, était alors très originale et transgressive, et le jeu a été récompensé pour cela malgré ses éventuelles insuffisances ludiques.

Bien sûr, de nos jours, l'impact est moindre car beaucoup d'autres jeux "rétro" (sinon en présentation du moins en philosophie) ont réussi à apporter des émotions fortes au joueur et à raconter une histoire de façon inhabituelle - "Papers, Please" par exemple. De plus, avec la fin programmée de WiiWare en 2019, on ne pourra plus jouer au jeu sur le support pour lequel il a été pensé, ce qui pose d'autres problèmes : sur Steam, le jeu se joue en résolution 800x600 (!) et les contrôles à la souris sont étranges puisque l'on fait défiler l'écran dès que le pointeur ne se trouve plus en son centre - c'était intuitif avec la Wiimote, mais c'est une nuisance avec une souris, et il est dommage que le portage ait été effectué sans aucune adaptation.

"World of Goo" reste divertissant, intéressant et efficace, mais son intérêt s'est à mon avis nettement amoindri avec le temps.

ADDENDUM : la version Steam du jeu a été mise à jour en 2019 pour améliorer sa stabilité sur les systèmes modernes, recadrer son format en 16/9, et doubler sa résolution. Cela améliore nettement le confort de jeu, mais son ergonomie reste étrange.

Aucun commentaire