samedi 21 juillet 2018

Dark Forces (Steam) LucasArts

Je ne suis pas un grand amateur des films Star Wars (le seul que j'admire est "Rogue One"), mais je suis en revanche un grand amateur des jeux LucasArts sur micro-ordinateurs sortis à la fin des années 1980 et dans les années 1990 (Amiga, PC), dont les jeux Star Wars qui étaient alors d'une qualité et d'une profondeur exceptionnelles : j'ai ainsi passé de très longues heures sur les simulateurs de combats spatiaux "X-Wing" et "TIE Fighter", et sur mon premier jeu de tir à la première personne, "Dark Forces".

Après avoir rejoué aux autres FPS de ma jeunesse, "Aliens versus Predator" (1999) et "Quake" (1996), je me suis dit qu'il me fallait absolument rejouer à "Dark Forces" (1995) pour être complet, et me voici donc à le racheter sur Steam plus de vingt ans plus tard...


Cette version de "Dark Forces" est entièrement fidèle à l'originale puisque C'EST l'originale, sans amélioration : le jeu tourne fort heureusement sans problème sur Windows 10 grâce à DOSBox, et le manuel (indispensable) peut être consulté en Anglais depuis la page du jeu sur Steam ou trouvé facilement en Français sur Internet. Un mod du jeu (modification non officielle) existe (DarkXL), mais il est incomplet et ajoute certains bugs - pour ma part, j'ai choisi de jouer au jeu en utilisant simplement les options de filtre et d'accélération offertes par DOSBox avec les paramètres de configuration suivants dans le fichier "Dosbox.conf" :
[sdl]
fullscreen=false
output=opengl

[render]
scaler=advmame3x

[cpu]
cycles=40000

[autoexec]
mount c "game"
c:\
dark.exe
exit
Par défaut, le jeu a un taux de rafraîchissement très bas, raison pour laquelle il faut absolument augmenter le nombre de cycles, il est d'ailleurs étonnant que le jeu soit si mal réglé à l'achat. J'ajoute également un filtre de lissage - les améliorations permises par DOSBox ne sont pas du luxe puisque "Dark Forces" est très daté : le jeu tourne dans une résolution d'origine de 320x200, raison pour laquelle j'y joue en mode fenêtré, et il n'est pas en "vraie" 3D puisque son moteur est une évolution de celui de "Doom", avec des ennemis représentés par des sprites (ce qui a du charme), sans visée libre (la souris fait tourner à gauche et à droite), et une perspective très déformée lorsqu'on regarde en haut ou en bas (en utilisant les touches de défilement Page Up et Page Down, le 5 du pavé numérique recentre la vue). Les captures d'écran ci-dessus et ci-dessous proviennent de mes sessions de jeu.


Le rendu de "Doom" n'est pas un problème dans "Doom" parce que le jeu est assez simple avec une architecture concrètement en 2D, sans aucune zone au-dessus d'une autre, mais "Dark Forces" est bien plus sophistiqué avec une architecture étonnamment complexe et réellement en 3D, que l'on attend moins d'un jeu de tir que d'un jeu comme "The Legend of Zelda : Ocarina of Time" (1998, quatre ans après "Dark Forces" environ)... la (re)découverte du jeu peut donc être assez rude, mais celui-ci mérite que l'on prenne le temps de s'acclimater à son aspect primitif, car il reste très amusant à jouer et est historiquement assez intéressant.

"Dark Forces" est en effet typique des jeux occidentaux sur micro-ordinateurs des années 1990 : on y était alors en avance sur son temps, exigeant, et on n'avait pas peur de la complexité. Ainsi, le jeu utilise énormément le clavier, avec des touches permettant de se déplacer dans les quatre directions mais aussi de sauter, ramper, activer des mécanismes (portes, interrupteurs, ascenseurs), utiliser le tir secondaire de certaines armes, se déplacer plus vite, se déplacer plus lentement, allumer/éteindre sa lampe portative, activer/éteindre la vision nocturne, mettre ou enlever un masque à gaz, utiliser son assistant électronique (avec carte, rappel de la mission, inventaire), choisir son arme (on en acquiert petit à petit une dizaine, nettement distinctes et n'utilisant pas forcément les mêmes munitions), etc. Comme je le disais, le manuel est indispensable, et il peut être souhaitable de changer les contrôles du jeu (pour cela, il faut remplacer "dark.exe" par "install.exe" dans le fichier "Dosbox.conf", lancer le jeu, changer les contrôles grâce à l'interface, puis remettre "Dosbox.conf" comme il était auparavant).

Les contrôles de "Dark Forces" peuvent paraître exagérément exhaustifs, mais ils sont assortis à la richesse de son level design : pour l'époque et par rapport à sa technologie, "Dark Forces" était un jeu extraordinairement ambitieux, révolutionnaire, à mon avis bien plus prenant et sophistiqué que sa suite "Jedi Knight" sortie deux ans plus tard et réalisée en "vraie" 3D... "Dark Forces" offre des environnements semi-réalistes bien plus variés et interactifs que ceux de "Quake" ou "Aliens versus Predator", qui à comparer ont curieusement moins bien vieilli. Grâce à des textures et des styles architecturaux bien distincts, les zones se différencient très clairement, ce qui aide à se repérer et contribue à une ambiance étonnamment immersive pour un jeu aussi ancien. L'histoire est également de très bonne qualité, tout à fait en ligne avec les films originaux, avec de multiples clins d'œil mais aussi une véritable prolongation de l'univers Star Wars.


Le gameplay, quant à lui, se renouvelle agréablement au gré des missions et exige de toujours d'adapter aux niveaux, avec parfois des éléments de jeu de plateformes assez périlleux (un an avant "Super Mario 64"), de l'infiltration nous faisant ramper dans des conduits d'aération et éviter des rondes de surveillance, de la recherche de codes à entrer dans de gros ordinateurs et de clefs de couleur permettant d'ouvrir certaines portes, et même de vrais puzzles où il faut bien se représenter mentalement l'agencement du niveau, localiser des passages secrets, activer des interrupteurs dans le bon ordre, voire détecter des indices dans des schémas techniques affichés aux murs...

Car, années 1990 obligent, le level design de "Dark Forces" est complètement différent de celui des FPS solo modernes : de nos jours, le modèle le plus répandu est celui du "film interactif", où l'action est soigneusement mise en scène et où le joueur est donc sans cesse guidé, comme un acteur forcé de suivre un script. "Dark Forces", lui, est typique de l'esprit des jeux de simulation et de labyrinthe propres aux années 1990, avec de grands environnements imbriqués où il faut trouver son chemin par soi-même alors que de nombreuses zones sont "inutiles" : c'est à nous d'évaluer le bon parcours grâce à des déductions logiques sur le décor, et donc à nous de choisir quelles zones explorer et quelles zones ignorer dans des architectures parfois déroutantes.

Dans le même esprit old school, il n'y a pas ici de points de sauvegardes, ni d'auto-guérison, ni de survie magique après une chute dans le vide : le jeu suit un système de vies limitées (si on les perd toutes, on perd le niveau), on doit gérer soigneusement les recharges de bouclier, de soins et de munitions, et si on tombe dans un gouffre, on perd une vie illico. Pire encore : les munitions sont transmises de niveau en niveau, ainsi, si vous finissez un niveau sans munition, vous débuterez la prochaine mission tel quel !

Toutes ces caractéristiques, à savoir le rendu en "fausse" 3D, les contrôles extrêmement complets voire compliqués, l'architecture labyrinthique, la gestion des ressources, etc. seront des défauts pour certains, mais ce sont pour moi des qualités dans le paysage vidéoludique actuel : "Dark Forces" était un jeu extraordinaire en 1995 et il l'est toujours aujourd'hui car, en plus de son incroyable niveau d'excellence, il ne ressemble tout simplement à aucun jeu qui sort de nos jours, y rejouer a donc été pour moi comme une bouffée d'air frais.


"Dark Forces" est un classique incontournable, qui mérite d'être encore joué et rejoué.

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