jeudi 8 novembre 2018

Minit (Steam) JW, Kitty, Jukio, Dom

La bizarrerie de "Minit" se devine à l'énumération de ses contrôles : quatre directions, un bouton pour utiliser l'objet que l'on a en mains (et qui dans les faits est soit une épée, soit un arrosoir, soit un appareil photo), et un bouton pour se suicider (!), ce qui en pratique s'avère diablement utile.

"Minit" raconte l'histoire d'un petit personnage à tête de canard qui découvre une épée sur une plage. Se prenant pour le futur roi Arthur, il décide de la brandir, et le voilà aussitôt maudit : il mourra dorénavant toutes les soixante secondes, renaissant à chaque fois chez lui dans une logique toute vidéoludique. Malgré ce lourd handicap, notre héros décide de partir à l'aventure pour lever sa malédiction, et, découvrant que son épée est en fait issue d'une usine d'épées maudites (!) prête à envahir le monde, il réalise que sa mission dépasse de loin son destin personnel...

Au début, "Minit" semble très proche de Zelda : le jeu s'inspire clairement de "Link's Awakening" (les graphismes en noir et blanc, la 2D vue du dessus, le cadre du bord de mer, l'excentricité des personnages, certaines tartes à la crème des Zelda en 2D), et la contrainte de la boucle temporelle rappelle évidemment "Majora's Mask". Mais au fur et à mesure que l'on progresse, on se rend compte que c'est une fausse impression, le jeu évoquant plutôt la logique loufoque des jeux d'aventure de LucasArts, en particulier "Day of the Tentacle" ou "The Secret of Monkey Island", que l'on aurait croisés avec le rythme frénétique d'un Wario Ware.


Dans "Minit", les situations à résoudre sont en effet souvent atypiques, et tiennent davantage du point & click où il faut s'immerger dans un univers décalé plutôt qu'elles ne tiennent des puzzles environnementaux habituels à Zelda. Le jeu a beaucoup d'humour et exploite son gimmick très intelligemment, tant dans ses énigmes que dans ses environnements (la structure de l'aire de jeu est de qualité exceptionnelle), mais le charme de "Minit" provient avant tout de son atmosphère d'urgence perpétuelle : on est toujours sur le point de mourir, il faut donc comprendre très rapidement ce que l'on attend de nous, d'où les similitudes avec Wario Ware. Il en résulte des situations très drôles où le jeu nous fait tourner en bourrique, par exemple avec un personnage qui parle très lentement ou avec des trajets très longs (le jeu nous nargue même avec une file d'attente apparemment obligatoire).

Vu son principe, on pourrait craindre que "Minit" soit agaçant ou laborieux, mais c'est en fait l'exact contraire : ce système de mort régulière dynamise le jeu et coupe toutes les lourdeurs propres au genre (on se suicide dès qu'on pense avoir rentabilisé son cycle, on cherche constamment à optimiser ses déplacements), un peu comme "Super Meat Boy" est en pratique beaucoup plus nerveux et moins frustrant que "Super Mario Bros.". Certaines énigmes sont absconses, mais elles concernent des objectifs annexes et non la quête principale, et des personnages nous guident plus ou moins subtilement pour nous mettre sur la voie.


En plus de ces qualités, le style graphique en noir et blanc sans niveau de gris est très joli, très propre et très lisible, et la traduction en Français est excellente (les indices sont par contre moins clairs en Français qu'en Anglais). En ce qui concerne la durée de vie, j'ai atteint la fin du jeu en trois heures (sans avoir 100% des éléments), mais j'ai mis entre huit et neuf heures à tout trouver dans le jeu, à y obtenir tous les succès, et à débloquer puis à gagner tous ses modes. Je dois d'ailleurs dire que je me suis encore plus amusé lors du "Second Run", bien plus dur que le jeu d'origine (on y meurt toutes les quarante secondes, l'épée y est cassée, son level design est plus sadique, etc.), et j'ai trouvé "Mary's Mode" intéressant (on y joue un fantôme immunisé contre l'épée maudite, ce qui permet de voir que le jeu fonctionne même sans son gimmick mais qu'il devient alors bien plus poussif).

Vous l'aurez compris, je me suis régalé avec "Minit", qui assume et maîtrise parfaitement son étrange concept, et qui a un contenu bien plus fourni qu'on ne pourrait le croire. Le jeu est spectaculairement agréable à jouer et est très rafraîchissant, et nous amène à réfléchir sur le genre en détournant certains de ses clichés.

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