vendredi 10 mai 2019

Katamari Damacy REROLL (Steam) Namco

On l'a quelque peu oublié, mais quand "Katamari Damacy", le premier jeu de la série, est sorti sur PS2 en 2004, c'était un OVNI dans un monde vidéoludique alors très sclérosé, qui recyclait sans cesse les mêmes formules et qui était loin de la créativité et de l'abondance permises aujourd'hui par le format dématérialisé et le jeu vidéo indépendant.

Du coup, contrairement à beaucoup d'autres, je suis plutôt content que cette édition "REROLL" sortie sur Steam ne change pas le jeu sur le fond, puisqu'il a un contexte et un sens spécifiques qui ont depuis été dilués dans ses trop nombreuses suites et remix : "Katamari Damacy" est spécial, et à mon avis Namco a eu raison de le laisser intact.

Pour rappel, le concept de "Katamari Damacy" est de diriger une sorte de lutin (le fils du roi de tout le cosmos) alors qu'il roule une boule de gravité devant lui, sur laquelle se collent tous les objets suffisamment petits relativement à la taille de la boule. Ainsi, plus on ramasse d'objets, plus on devient gros et plus on peut ramasser d'objets etc. ce qui permet de franchir des obstacles pour aller visiter d'autres lieux, qui ont toujours plus d'objets à découvrir et à ramasser. On peut donc commencer tout petit en collectant des punaises, des dés à coudre, etc. pour finir par être gigantesque en collectant des maisons et des immeubles, l'effet d'échelle étant simultanément saisissant et hilarant (et une prouesse pour l'époque).


Une fois que notre katamari aura atteint une certaine taille ou qu'un certain temps sera écoulé, la partie s'arrête ; si l'objectif exposé au début du niveau est atteint, notre katamari sera alors catapulté dans l'espace pour devenir une étoile - le roi de tout le cosmos a en effet détruit toutes les étoiles du ciel par mégarde au début du jeu, notre but est donc de les remplacer. C'est ainsi qu'une boule composée notamment de papier toilette, de rouleaux d'adhésif, de dominos, de chats, de brouettes, de voitures, de pots de fleur et d'un ours servira à recréer la Grande Ourse...

Le concept du jeu est donc très drôle et addictif, son univers étant rempli de scénettes absurdes et humoristiques très bien servies par une bande originale entraînante et excentrique (chantée en Japonais), mais il s'agit aussi d'un vrai jeu : on contrôle le katamari avec les deux sticks analogiques à la façon d'un tank, ce qui apparemment est un défi en soi pour certains joueurs alors que ces contrôles sont simples et appropriés, et il faut tenir compte de l'inertie du katamari et de la nature accidentée du terrain pour être le plus efficace possible dans sa collecte (comme le temps est limité, il y a une notion de performance, et donc un aspect "scoring"). Détail à la fois comique et intéressant : notre katamari peut être très irrégulier puisqu'il est composé d'objets aux formes variées, il peut donc "boiter" en quelque sorte (imaginez une boule à laquelle on aurait scotché un balai).
En plus de ces problématiques de jeu d'adresse, il faut aussi mémoriser l'environnement et avoir un bon sens de l'orientation pour perdre le moins de temps possible : se souvenir où se trouvent les objets de telle ou telle taille et où l'on est déjà passé est crucial. Le jeu n'est vraiment pas contraignant, perdre un niveau est rarissime, mais battre son record (jusqu'à obtenir une étoile filante) est un défi réellement stimulant, avec une certaine profondeur.


"Katamari Damacy" est donc très rejouable, et c'est une bonne chose puisque le jeu est sinon très court (19 niveaux assez brefs). Non seulement cela, mais il recycle beaucoup les mêmes environnements dans ses missions, avec juste différents paramètres et des objets placés différemment. Pour ma part, je l'ai "fini" en huit heures avec tous ses succès sauf un, qui exige d'avoir ramassé tous les objets du jeu ; c'est un objectif amusant mais qui peut être laborieux si on y travaille trop sérieusement, il est préférable de rejouer au jeu de temps en temps pour améliorer ses scores et progresser parallèlement dans cette quête de façon naturelle.

Techniquement, la seule chose que je reproche à ce portage, c'est qu'ils n'en ont pas profité pour rendre le jeu plus fluide : il n'y a aucun ralentissement (encore heureux), les textures ont été nettoyées, l'image est en 16/9, et bien sûr la HD (avec antialiasing) permet d'avoir une image beaucoup plus fine, mais on est loin des 60fps. Je trouve que l'on s'habitue vite et ça ne m'a pas trop gêné, mais c'est dommage et un peu frustrant.

Au final, "Katamari Damacy" reste un très bon jeu, très drôle, divertissant, motivant et rejouable malgré sa courte durée de vie toute relative (succès, scoring, récompenses à débloquer qui ne sont pas forcément liées à des succès)... Au-delà de l'amusement qu'il procure, et que ce soit son intention ou non, le jeu véhicule aussi un message écologique : on s'écœure un peu de tout ce fatras d'objets que l'on collecte, et on s'interroge sur l'utilité de produire et posséder autant de choses, comme si on contemplait une vaste décharge. J'espère vivement que Namco portera très bientôt sur Steam la première suite du jeu (et la seule qui vaille à mon avis), "We Love Katamari" !

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