dimanche 9 août 2020

Ape Out (Steam) Gabe Cuzzillo

Même si je le recommande, je suis plutôt d'accord avec les mauvaises critiques de "Ape Out" : le jeu est en effet plus superficiel, répétitif, court, injuste et léger en contenu que d'autres jeux typés "arcade" avec génération aléatoire (genre "Enter the Gungeon").

Mais malgré tout, j'adore ce jeu. Pour moi, "Ape Out" est un nouveau "Berzerk", le fameux jeu d'arcade de 1980 : des graphismes stylisés et minimalistes, un gameplay très épuré mais une maîtrise délicate, une présentation sonore spectaculaire, une génération aléatoire nous obligeant à toujours rester hyper réactif, un rythme et une tension faisant frôler la crise cardiaque (et, dans le cas de "Berzerk", au-delà de "frôler" puisqu'il y a eu des morts)... les sensations procurées par ces jeux sont uniques.

Alors oui, la génération aléatoire d'un même chapitre peut produire des difficultés nettement inégales... oui, certains pics sont très frustrants (du genre qui tue en un seul coup - "Ape Out" aime beaucoup générer des situations d'apparence insoluble à la toute fin de chacun de ses quatre "albums")... oui, on "finit" le jeu assez vite (et comme sa difficulté est inégale, l'intérêt du scoring en mode "arcade" en prend un coup, diminuant la rejouabilité)...


Mais l'hommage visuel et artistique à Saul Bass (auteur des génériques de "Psychose" et "Sueurs froides") est impressionnant, le jeu transcrit à la perfection la peur et la confusion que son gorille de héros subit en étant perdu dans une architecture artificielle et labyrinthique dans laquelle des hordes d'hommes armés cherchent à le tuer, et le gameplay est extrêmement nerveux et excitant, avec beaucoup de points communs avec "Hotline Miami" : même si son contenu et ses mécaniques sont bien plus dépouillés, on retrouve dans "Ape Out" la même exigence d'analyse immédiate, d'improvisation et de précision, ici rejouable à l'infini grâce à la génération aléatoire (malgré les limites déjà évoquées).

Beaucoup de situations à priori inextricables peuvent en effet être désamorcées quand on comprend bien le jeu : il faut se souvenir que les ennemis sont littéralement lents à la détente (on peut donc les éviter assez facilement en se faufilant ou au contraire être plus tactique en prenant son temps) et garder à l'esprit la possibilité de les saisir puis les orienter grâce au stick droit (les ennemis tirent un coup de leur arme instinctivement après avoir été saisis, ce qui peut faire un carnage, on peut ensuite les utiliser comme bouclier ou projectile, même les morceaux de cadavre peuvent être utilisés ainsi), et au lieu de foncer en zigzaguant, on peut faire exactement l'inverse (j'échouais toujours à la fin du quatrième album en mode "difficile" jusqu'à changer totalement de stratégie en pratiquant plutôt une infiltration lente et une élimination méthodique). Même s'ils sont parfois pénibles, les succès qui proposent de gagner les modes "difficile" ou de gagner un album sans causer aucune mort directe permettent de bien explorer ces subtilités.

Malgré ses défauts, "Ape Out" mérite d'être joué, ne serait-ce que pour sa vision artistique ; les sensations procurées sont uniques et j'aime y rejouer régulièrement pour les mêmes raisons qui me font rejouer à "Berzerk".

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