vendredi 3 mars 2017

Dead Space (Xbox 360, Steam) Visceral Games

"Dead Space" est pour moi un survival horror incontournable, au même titre que "Resident Evil", "Fatal Frame" ("Project Zero") ou "Forbidden Siren", même si Electronic Arts aura immédiatement noyé son potentiel avec des suites mal avisées. J'ai découvert le jeu sur Xbox 360 à sa sortie en 2008, puis y ai rejoué sur Steam près de dix ans plus tard : le jeu n'a pas pris une ride, surtout dans cette version PC où la résolution, les ombres portées et les éclairages sont évidemment bien meilleurs, et où l'on peut jouer en VO.

Le succès de Dead Space repose sur des emprunts parfaitement maîtrisés et combinés, que ce soit sur le plan de l'univers du jeu ou sur celui des mécaniques ludiques.

Pour ce qui est de l'univers, le jeu reprend le meilleur de "La Nuit des morts-vivants", de "The Thing" et de "ALIEN", avec des touches de H.P. Lovecraft (la folie, l'indicible, la confusion entre science-fiction et superstition, le monstre final), de "Event Horizon" (l'architecture de l'Ishimura) et de "2001, l'Odyssée de l'espace" (la sobriété et la crédibilité qui va avec, les scènes dans le vide, la dimension métaphysique, et bien sûr le fameux monolithe extraterrestre).

Les nécromorphes, les antagonistes du jeu, sont un pur coup de génie, hybrides idéaux entre les monstres des trois premiers films cités : ils cumulent le thème de la contagion des zombies symbolisant le malaise ressenti face à la décomposition et à la mort, le dégoût caractéristique de "The Thing" pour les organes internes et la peur irrationnelle que toutes cette bidoche hideuse prenne vie pour elle-même et se remodèle soudain en quelque chose d'étrange et d'hostile, et l'angoisse primordiale d'être confronté à un être extraterrestre incompréhensible et insaisissable qui nous traque alors que l'on est perdu tout seul au beau milieu de l'espace.


Le script du jeu n'a à mon avis pas été assez applaudi, bien plus original, riche et intéressant que celui d'à peu près n'importe quel film de monstre : on s'attend à un récit banal d'épidémie puis d'invasion dans une colonie spatiale, à la "Aliens", et on se retrouve dans une histoire de secte rappelant la Scientologie, de complots commerciaux et de secrets gouvernementaux, de manipulation mentale et d'artefacts extraterrestres mystérieux. À ce sujet, il y a un énorme décalage entre le premier "Dead Space" et ses deux suites, avec une profondeur, une complexité et surtout une cohérence qui ne sont présentes que dans le premier épisode.

Tout ce contenu narratif est exposé progressivement et intelligemment, bien sûr par le biais de dialogues et de cinématiques, mais surtout de nombreux "logs" vidéo, audio et écrits qui nous permettent de reconstituer morceau par morceau ce qui s'est passé sur l'USG Ishimura. Ces logs sont très bien rédigés et interprétés, multipliant les témoignages et les points de vue, et complétant ce que l'on peut déduire directement de l'environnement, qui a dans le jeu un rôle central : les décors sont incroyablement soignés et construisent une bonne part de l'ambiance du jeu, jouant tour à tour sur la claustrophobie puis le gigantisme, la froideur métallique puis la saleté poisseuse, avec de nombreuses "scènes de crime" suggérant des événements passés atroces. La violence et le gore sont d'ailleurs finement réglés : le jeu est glauque, très sanglant et brutal, mais il ne fait jamais preuve de cruauté malsaine, de mauvais esprit ou de deuxième degré mal placé, au contraire des deux suites du jeu qui donnent souvent dans la surenchère et le "qu'est-ce qu'on va bien pouvoir encore faire pour choquer".

"Dead Space" est donc avant tout un jeu d'immersion et d'atmosphère, mais encore faut-il que cela soit soutenu par un gameplay solide, et là encore le jeu surprend : son exposition et son cocktail ludique sont en fait assez proches de "Silent Hill 2", c'est-à-dire que l'environnement y est comme on l'a dit central et que l'on y conjugue l'exploration, l'action et les puzzles, mais il offre aussi la nervosité et la précision des combats de "Resident Evil 4", avec des idées très originales (les armes, le démembrement, la "stase" qui ralentit les objets et les monstres, la télékinésie, les scènes en antigravité ou dans le vide spatial) et une gestion des ressources assez riche (places d'inventaire limitées, choix de l'équipement à améliorer selon tel ou tel critère, magasin, etc.).


On a ainsi le meilleur des deux mondes : d'un côté un aspect narratif et immersif très développé avec une intrigue complexe et des ennemis originaux et terrifiants, un énorme travail artistique sur les décors digne d'un grand classique du film d'épouvante, une variété d'actions avec de multiples tâches que Isaac, le héros, doit effectuer en tant qu'ingénieur pour assurer sa survie dans un environnement en véritable déliquescence, et de l'autre (et à l'inverse de "Silent Hill 2"), une action stimulante, riche et rigoureuse (sur PC, je conseille de jouer avec un gamepad, le jeu a été pensé pour).

À ce dernier sujet, la version Steam de ce jeu a un gros problème de sensibilité du stick droit même avec un pad Xbox standard, je conseille de configurer la manette par le biais de l'interface Steam avec une sensibilité horizontale réglée à 0.85 et une sensibilité verticale réglée à 0.9 (paramètres avancés), sinon le jeu est injouable.

Pour finir, un mot sur l'ambiance sonore, remarquable ("Dead Space" se doit d'être joué seul la nuit en portant un casque), et un avertissement : si vous avez l'habitude du jeu vidéo, il vaut mieux commencer le jeu en "Difficile", le niveau standard étant bien trop facile et pouvant nuire au stress et à la peur, ce serait dommage d'ainsi gâcher sa première expérience. Enfin, il faut mentionner les deux seuls défauts du jeu à mon avis : quelques séquences de "survivants qui meurent juste quand on arrive" assez artificielles et absurdes par rapport à l'histoire (mais qui ont une explication alternative), et une physique des cadavres curieuse puisque ceux-ci sont légers comme des sculptures sur ballon - rien de bien grave, ceci dit.

Il faut noter que "Dead Space 2" est également un très bon jeu, supérieur techniquement et artistiquement au jeu original, mais ce n'est qu'un canard sans tête : son histoire est brouillonne et contradictoire, les clichés s'y accumulent, certaines de ses séquences sont absurdes jusqu'au ridicule, le ton part dans tous les sens... c'est l'équivalent d'une suite de film d'horreur traitée en film d'action pour vendre du pop-corn, mais il n'est pas désagréable malgré sa large infériorité sur le fond.

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