dimanche 24 novembre 2019

Princess Remedy (les deux jeux sur Steam) Ludosity

"Princess Remedy in a World of Hurt" et "Princess Remedy 2 : In A Heap of Trouble" sont deux petits jeux adorables qui sont nés originellement d'une "game jam" (concours de programmation où l'on doit coder un jeu en très peu de temps) et qui regroupent plusieurs tendances rétro : leurs graphismes en pixel art rendent hommage au ZX Spectrum (sans color clash, malheureusement), leur esthétique et leur univers reprennent les clichés des jeux de rôle japonais, et leur action s'inspire des twin stick shooters façon "Robotron : 2084". Ce drôle de mélange hétéroclite est de surcroît accompagné d'un délicieux retournement des conventions...


Malgré leur humilité, ces jeux sont pour moi deux bijoux néo-rétro extraordinairement distrayants, qui prouvent que l'on peut créer quelque chose de surprenant, transgressif et novateur à partir de "vieux" concepts des années 1980, même si le premier épisode (gratuit) vaut plus le détour que le second (payant)...

Princess Remedy in a World of Hurt (2014)

L'histoire de "Princess Remedy in a World of Hurt" est décalée : la reine Amelia, qui dirige une école de guérison dans les cieux, convoque un jour sa fille Remedy, fraîchement diplômée, pour lui annoncer qu'elle doit mener à bien une mission particulièrement délicate - une autre Saturnienne, Frallan, a disparu après avoir été envoyée guérir le prince Hingst de Hurtland ; Remedy devra la remplacer et aller à son tour à Hurtland pour mettre en pratique ce qu'elle a appris, guérir le prince, et sauver le royaume.

Dans les faits, on déplace Remedy dans une vue du dessus typique d'un JRPG, avec des environnements tout autant typiques : villages, clairière en forêt, grottes garnies d'araignées géantes et de centaures, pyramide pleine de momies dans un désert, palais de cristal flottant dans les étoiles, citadelle sombre où trône un Seigneur des Ténèbres, etc. tous les clichés des JRPG sont là, ce qui paraît très curieux dans un jeu imitant aussi bien le style du ZX Spectrum. On ne peut faire que deux choses dans ces décors : y dénicher des coffres plus ou moins cachés qui renferment des gains de statistiques pour notre personnage, et guérir les gens.


Car c'est la grande originalité de "Princess Remedy in a World of Hurt" : on n'y fait jamais de mal à personne, au contraire, on tente de guérir tous les gens que l'on croise, car dans Hurtland, tout le monde est malade et a besoin d'aide : les citoyens de Hurtland, mais aussi les animaux, les plantes, et même les monstres, depuis les araignées géantes jusqu'au Seigneur des Ténèbres ! Ce décalage incroyable, ce renversement hilarant, est accentué par des dialogues absurdes extrêmement bien écrits (en anglais) - j'ai pour ma part ri plusieurs fois à gorge déployée en jouant au jeu, ce qui n'est pas si courant.

L'action, quant à elle, arrive pendant les phases de guérison, et consiste en des "combats" dans des arènes fixes (sans scrolling) : quand Remedy tente de guérir quelqu'un, elle se retrouve dans une représentation symbolique de la maladie, avec divers germes à neutraliser et des obstacles destructibles (ou pas). Le jeu n'est techniquement pas un twin stick shooter puisque l'on tire sans arrêt de façon automatique devant soi, on peut seulement se déplacer et utiliser des "grenades" en pressant le bouton d'action, mais la logique est voisine. On aurait pu penser que l'incapacité à viser indépendamment des déplacements appauvrirait le gameplay, mais c'est en fait le contraire, cela contraint à être stratégique et à alterner les phases offensives et défensives (la santé de Remedy se régénère toute seule au fil du temps), et il faut bien prendre garde à ne pas détruire certains obstacles avec notre tir automatique puisque ceux-ci peuvent nous protéger des projectiles et des germes.


Les germes sont variés et complémentaires, la difficulté est bien dosée, le jeu se renouvelle sur le fond et la forme tout du long, les objectifs facultatifs et les différents niveaux de difficulté permettent de contenter tous les types de joueur, et surtout, le jeu dégage une bonne humeur constante avec un rythme effréné et un humour dévastateur - pas mal pour un jeu gratuit !

Le seul défaut du jeu est d'avoir de petits soucis techniques mineurs : par exemple, pour qu'il reconnaisse les manettes, il faut aller dans ses propriétés Steam et régler "Paramètre Steam Input" sur "désactivé". En ce qui me concerne, j'ai eu un plaisir immense à me frotter aux différents niveaux de difficulté et aux quêtes secondaires de "Princess Remedy in a World of Hurt", dont la quête du "coffre jaloux", qui impose de n'effectuer aucune amélioration de statistiques jusqu'à un certain point. Au final, je me suis retrouvé avec de nombreuses heures de jeu au compteur : non seulement on s'amuse, mais le défi est bien présent !

Princess Remedy 2 : In A Heap of Trouble (2016)

"Princess Remedy in a World of Hurt" a eu beaucoup de succès, et Ludosity a reçu beaucoup de messages passionnés du type : "j'aurais aimé vous donner de l'argent". "Princess Remedy 2 : In A Heap of Trouble" prend tous ces joueurs au mot puisque cette préquelle n'ajoute pas grand-chose à son prédécesseur - son principe général, son style graphique, son gameplay, son ambition, son écriture, sa maniabilité, etc. sont en effet presque inchangés, mais cette fois-ci le jeu est... payant ! Malheureusement pour le studio, les promesses valent ce qu'elles valent, et le nouveau jeu n'a pas obtenu le dixième du succès du jeu gratuit...


La plus grosse différence, ce sont les boss : avant, il y avait dans le jeu des portails exigeant un certain nombre de cœurs avant de pouvoir être franchis (les cœurs s'obtiennent en guérissant les gens ou en les trouvant dans des coffres), et le seul boss se trouvait à la toute fin. Ici, il y a un boss à chaque portail, pour un total de neuf boss : ceux-ci sont très impressionnants, variés, bien conçus et intéressants, mais leur difficulté tranche d'avec le reste du jeu, et il peut arriver que l'on reste bloqué assez longtemps à un boss alors que la section précédente et la suivante semblent beaucoup plus faciles. Cela casse le rythme et peut décourager, problème que n'avait pas le jeu original grâce à sa difficulté libre, très progressive et organique.

Cette suite offre d'autres variantes de gameplay et de ton : on peut désormais "flirter" avec n'importe quel personnage guéri, même si c'est un canard, qui nous suit alors partout et nous permet de bénéficier d'un pouvoir spécial pendant les guérisons/combats. Sur le papier, c'est intéressant, mais il est laborieux de déterminer qui donne accès à quel pouvoir et lequel choisir, et de toute façon, le "coffre jaloux" est de retour (!) et exige cette fois-ci de se passer de flirt pendant presque tout le jeu. Les dialogues sont plus longs qu'auparavant et ils sont plus travaillés, l'écriture est toujours de très haute qualité, mais le rythme est du coup un peu plus lent, et les répliques perdent de leur mordant, même si elles ont plus de subtilités et de profondeur. Il y a d'autres ajustements mineurs qui n'améliorent pas forcément la formule, et ils restent de toute façon assez anecdotiques.


"Princess Remedy 2 : In A Heap of Trouble" est un bon jeu, mais moins frais et moins "parfait" que son prédécesseur. J'ai aussi un problème avec la logique des boss : ici on ne les guérit pas, on les tue, ce qui entre en contradiction avec le concept rigolo de la série. Le jeu reste cependant intéressant et mérite l'achat à son petit prix si vous avez aimé "Princess Remedy in a World of Hurt", d'abord parce qu'il comporte tout de même assez de changements pour justifier l'expérience, et puis, pour dire "merci" à Ludosity !

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