jeudi 3 décembre 2020

Environmental Station Alpha (Steam) Arvi Teikari

Metroid est l'une de mes séries de jeux préférées, j'adore même les épisodes NES et Game Boy qui sont généralement considérés (à tort, à mon avis) comme obsolètes. Par extension, j'aime aussi les jeux qui reprennent la structure et les ambiances de Metroid, comme par exemple "Hollow Knight" ou "Axiom Verge".

Parmi tous ces jeux (et j'en ai beaucoup joué), mon préféré est "Environmental Station Alpha".


J'ai découvert "Environmental Station Alpha" grâce à une critique sur "Axiom Verge", son auteur n'ayant pas aimé le second jeu et recommandant plutôt le premier. Pour ma part, j'ai beaucoup aimé "Axiom Verge", et même si les deux jeux font des références appuyées à "Metroid" sur NES, je pense qu'ils ne sont pas véritablement comparables : "Axiom Verge" repose avant tout sur son immersion et sa narration, avec un fort aspect de jeu d'aventure à la "Super Metroid", alors que "Environmental Station Alpha" est davantage basé sur l'action, même si lui aussi offre une ambiance envoûtante.

En fait, "Environmental Station Alpha" rappelle beaucoup "Metroid Fusion" : on doit dans les deux cas mener l'enquête dans une station spatiale conçue comme un zoo extraterrestre, cette station ayant soudain connu un très grave incident qui a éradiqué tout son équipage ; les deux jeux sont également plutôt linéaires, et la survie y joue un grand rôle.

"Environmental Station Alpha" pousse cependant l'importance de la survie encore plus loin puisqu'il se joue quasiment comme un hardcore platformer : son platforming et ses combats (surtout ses combats de boss) sont spectaculairement précis et exigeants, ce qui est un des gros points forts du jeu (du moins pour les amateurs de jeux d'adresse).


Entre autres qualités, les outils dont on dispose sont très bien conçus : au lieu de tirer un rayon laser, notre héros génère devant lui une sorte de barre laser que l'on peut seulement orienter dans quatre directions, ce qui nous contraint à aller au contact et donc à nous exposer à des ennemis variés disposant de schémas de déplacement et d'attaque très divers - je trouve cela beaucoup plus intéressant qu'arroser les ennemis de loin avec une arme à feu, et la barre laser se distingue des jeux du genre où l'on utilise une arme blanche en étant plus longue et surtout plus fine (il faut donc être très précis). De même, le grappin, un classique des outils d'exploration dans les jeux à la Metroid, exige ici une certaine maîtrise : il se décroche automatiquement en fin de balancement et restitue l'énergie cinétique de façon assez réaliste, ce que le level design exploite finement. Tout cela fait que le ressenti du jeu se rapproche plus d'un jeu de Matt Thorson (auteur de "Celeste" ou surtout "Give Up, Robot", qui utilise un grappin similaire) que de "Super Metroid" ou "Axiom Verge".

Les combats de boss, plutôt impressionnants et fréquents, suivent la même logique : il est vital de bien comprendre leurs schémas pour se coordonner minutieusement avec eux, sinon on s'y fera broyer très vite et à répétition (on dispose de peu de points de vie), l'insouciance est rarement pardonnée dans "Environmental Station Alpha".


Heureusement, le jeu s'accorde parfaitement avec sa difficulté : les points de sauvegarde sont fréquents, la station offre des points de téléportation très pratiques, reprendre sa partie après un Game Over est rapide, et plus généralement, le jeu est très rythmé, ce qui permet de garder la frustration sous contrôle. Détail tout bête : contrairement à la plupart des jeux du genre, le héros fait ici un bloc de côté et non deux blocs de haut, ce qui fluidifie beaucoup nos déplacements et facilite la précision. Également, si les boss exigent de la rigueur, ce ne sont pas des sacs à points de vie : on retrouve là encore la logique du jeu hardcore consistant à marier la difficulté avec l'intensité, sans jouer exagérément sur l'endurance. En plus de cela, les passages les plus durs sont facultatifs ou aménageables en explorant la station (pour trouver davantage d'énergie ou des améliorations pour son arme afin d'affronter plus facilement certains boss, par exemple), et au pire, il y a toujours l'option de jouer en "Easy", que je recommande si vous n'êtes pas habitué (ou si vous êtes rétif) au jeu hardcore.

S'il vaut beaucoup pour son action, "Environmental Station Alpha" procure aussi un immense plaisir d'exploration : la station est remarquablement bien construite, remplie de mystères et de recoins que l'on a envie d'aller visiter, avec une structure intuitive, et elle évolue de surcroît en cours de jeu, empêchant ce dernier de sombrer dans la routine.


Comme vous pouvez le constater sur les captures d'écran, la résolution du jeu est très basse : 160x120 pixels sans le HUD, moins qu'un Amstrad CPC en mode 0 et moins qu'une Game Boy ! Cela n'empêche pas les graphismes d'être à mon avis magnifiques (l'animation est très soignée), j'adore ce style impressionniste qui fait appel à l'imagination. La musique est elle aussi très réussie, inhabituelle pour le genre, très discrète et douce. Comme on l'a dit, le défi est plutôt linéaire, les objectifs sont souvent indiqués sur la carte, mais contrairement à "Metroid Fusion", on reste toujours libre d'explorer la station comme ça nous chante, et de multiples passages et objets à dénicher exigent de la curiosité, de l'observation, de la réflexion et un bon sens pratique.

Une fois que l'on connaît bien le jeu, la quête principale peut se rejouer assez rapidement sans aucun temps mort, comme un pur jeu d'action, ce qui donne à "Environmental Station Alpha" une rejouabilité importante ; j'y ai d'ailleurs déjà réalisé plusieurs tours pour le plaisir, comme je le fais régulièrement avec les deux premiers Metroid sur NES et Game Boy. À l'inverse, si vous souhaitez une aventure très longue et corsée tant en matière d'adresse que d'énigmes (à la "Hollow Knight" ou "La-Mulana"), vous pourrez profiter des sections ajoutées après la sortie du jeu, celles-ci comportant d'une part des combats et du platforming très difficiles, et d'autre part des puzzles plutôt abstraits dignes d'un jeu d'aventure à l'ancienne.


Personnellement, j'ai moins aimé ces sections que la quête principale (en tout cas ses ajouts les plus extrêmes), mais elles ont le bon goût de ne pas interférer avec l'expérience originale : les nouvelles sections d'adresse sont cloisonnées à part et peuvent être facilement ignorées, et les énigmes (dont certaines très élaborées), si elles sont dispersées dans toute la station, ne génèrent pas de confusion quand on découvre l'aventure pour la première fois - j'ai commencé de jouer à "Environmental Station Alpha" après toutes ses mises à jour, et rien ne m'a choqué. Tout ce contenu est en tout cas de très haute qualité et j'ai fini le jeu à 100% avec plaisir, piochant ce qui m'intéressait dans cette seconde partie et consultant des guides pour le reste (et trichant pour certains défis d'adresse absurdement difficiles en éditant le fichier texte de sauvegarde afin de m'octroyer énormément d'énergie).

Je l'ai dit, "Environmental Station Alpha" est mon jeu préféré dans un de mes genres préférés : il réunit et équilibre à la perfection absolument tout ce que j'aime dans un jeu du genre - du mystère, une grande liberté d'exploration avec beaucoup de secrets, un héros plein de ressources et agréable à manipuler, des lieux intrigants et exotiques mais sans intrusion narrative, un labyrinthe à l'agencement intuitif mais très imbriqué et déconcertant au premier abord, une certaine froideur à la "ALIEN", un rythme resserré avec un défi dense et corsé, des boss imposants et satisfaisants, et enfin, une bonne rejouabilité.


Dans tous les autres jeux à la Metroid que j'apprécie, l'un ou l'autre critère fait défaut, mais ici tout est parfait. Je signale par ailleurs que l'auteur du jeu, Arvi Teikari, a publié "Baba Is You" quatre ans plus tard (qui, même s'il m'a déçu, a un concept très audacieux), et comme on peut le lire sur son blog, une suite de "Environmental Station Alpha" est en préparation - inutile de dire que je l'attends avec curiosité et impatience...

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